Saint-Laurent du Maroni, Capitale de l'ouest de la Guyane Française

Courrier d'un lecteur en soutien à Christiane TAUBIRA visée par des attaques racistes


« Sabi kuutu na luku a yu seefi »

Christiane vous êtes touchée, nous aussi. Par la même voie, nous devenons les "nègres" de la République que le politiquement correct n'arrive plus à protéger. Je suis inquiet, alarmé, agité, voire angoissé quand la voix de la conscience ne résonne plus assez forte pour condamner comme il se doit ces comportements effectivement et complètement "mortifères". Quand on n’arrive pas au bout du courage, de la force, des valeurs, de la pugnacité de l'autre alors on se lance dans une autre démarche qui est celle du con, en lançant des imprécations par des manquements et des calomnies inqualifiables. Le camouflet et le soufflet, les armes des faibles et de ceux qui sont remplis de petitesse et dont la sottise est devenue pathologique. Mais courage ! Demain sera meilleur pour vous, et j'espère qu'ils apprendront de leurs fautes. Le racisme n’est pas le propre de la France. Au Brésil, jadis, comme aujourd’hui, le racisme est malheureusement monnaie courante dans cette société dite de métissage. Césaire disait que la démarche de la négritude passant par la promotion des noirs était quasiment accomplie, mais que le combat qui méritait la mobilisation de toute l’humanité était ces foyers de racisme qui se créaient et grondaient dans le monde en particulier en Afrique du Sud à l'époque de l'Apartheid. A ce jour, ce fléau est combattu par des mesures salariales (des postes seulement destinés à des noirs et inaccessibles aux blancs). Ainsi, les blancs sont un peu mis de côté dans la société sud-africaine, et vivent ce qu'enduraient les noirs à l'époque et encore aujourd'hui car les blancs dominent toujours plus de 80% de l'économie du pays, malgré ces tentatives visant à rétablir l'équité dans cette société blessée. Mais est-il bon de corriger le mal par une inégalité grandissante en mettant de côté des populations ? Césaire a été prophétique, aujourd'hui nous pouvons parler au présent car ce mal universel est toujours effectif et agissant. De l'Afrique du Sud aux États-Unis, en passant par la France (Europe) sans oublier le Brésil (Amérique latine), voilà une maladie qui mérite prescription ; un préjudice qui exige sanction ; une épreuve qui nécessite soutien ; un péché qui réclame la punition divine. Enfin, une reconnaissance des minorités qui tarde car trop souvent les masques de démocratie raciale ne sont malheureusement pas de chairs humaines, mais de plastique (de mauvaise qualité de surcroît). Et les racistes ce ne sont jamais eux mais c'est le voisin et sa femme, et pour le voisin et sa femme ce sont eux, somme toute TOUS DES RACISTES ou encore des "îles de démocratie raciale" qui sont entourées par des racistes. L'inconscient, l'imaginaire racistes après des siècles, des années de tentatives maladroites de dissimulation, ne peut qu'émerger à la surface de nos sociétés un racisme mûri et surtout pourri. "L'union dans le troupeau oblige le lion à se coucher avec la faim au ventre". Nous sommes avec vous, la Guyane est avec vous. La France non raciste j'y crois complètement est avec vous.

Néanmoins, j’ai envie de reprendre une phrase de feu Guy RENAULT (mon grand-père)
« Sabi kuutu na luku a yu seefi » ... savoir juger c’est être capable de se mettre à la place de la personne que l’on juge, mais aussi de se remettre en question, en analysant ses propres défauts et vertus.


Certes il existe un racisme noir/blanc dénoncé plus haut. Néanmoins, qui parle du racisme entre noirs ou encore entre les minorités? Ce même préjugé existe à l’intérieur des groupes et sociétés noirs. Ce même mépris y est présent et sévit de manière plus détestable et vicieuse. Je me rappelle de mes oncles partis pour étudier à Cayenne et qui une fois arrivés dans le chef- lieu perdaient leur identité. Celle-ci étant calquée sur la culture d’un seul groupe et non sur la grande diversité culturelle guyanaise. Les Amérindiens qui sont historiquement les premiers peuples de Guyane et même des Amériques se voient confisquer cette priorité car n’habitant pas dans les centres névralgiques (politiques, économiques et culturels). Issu du Fleuve, j’ai fréquenté dès mon plus jeune âge des personnes qui disaient clairement ne pas aimer les populations Bushinenguées qui sont pourtant des noirs. Mais ces dernières disaient aussi la même chose à l’égard des créoles. C’était un « phénomène de mode» qui est devenu par la suite un sentiment avéré. Elles se comportaient ainsi parce que leurs parents ou leurs proches pensaient ainsi. Il fallait donc cultiver cette arrogance qui faisait croire à certain en une quelconque supériorité. Elles m’excluaient maladroitement, aussitôt, je revendiquais ma similarité, ma ressemblance enfin mon identité culturelle commune avec ces populations.


Le racisme et les discriminations ont plusieurs « couleurs ». Prenons le cas des langues régionales qui sont stigmatisées par le discours assimilationniste. Toutes les langues régionales guyanaises devraient être valorisées au même titre que le créole. La langue créole ne doit pas étouffer les autres langues régionales guyanaises. Cependant, elle doit faire de manière complète sa promotion. À la fin des années 1940, Auguste Horth refusait la domination de la langue française sur le créole. Selon lui, l’usage de cette langue maternelle ne devait pas être interdite, au risque de produire des frustrations. De cette manière, le créole ne doit pas reproduire ces mêmes frustrations avec le nenguetongo, ou encore avec les langues amérindiennes.


Il y a de cela un peu plus d’un an, les propos de Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy accablaient la France et les minorités françaises. Le Député et Président de Région de la Martinique, Serge Letchimy avait condamné fermement ces propos qui laissaient croire qu’il y avait une hiérarchie entre les civilisations. Cette idée malsaine qui consiste à hiérarchiser les individus par rapport au degré de clarté de leur peau est prégnante dans les Antilles-Guyane : on parle même de « peau sauvée », « peau chapé » ou encore de « peau wayayay », une peau sauvée de quoi ? Sauvée de la couleur noire qui pourtant participe au même degré au résultat de ce beau métissage. Quel corps pour quelle société ? se demandait Jean-Michel Berthelot. Faut-il une apparence, une démarche, un nez, des yeux, des mains type, pour faire partie du concert sociétal ? Répondre par l’affirmative est signe d’inquiétude pour l’union dans la société. Comme le dit Juliette SMELRALDA dans son livre Peau noire, cheveux crépus : l’histoire d’une aliénation, aucune étude scientifique n’a encore réussi à asseoir la supériorité d’un nez droit sur celle d’un nez écrasé, encore moins celle de longs cheveux lisses sur celle de cheveux crépus courts. Quand ces traits précités deviennent une arme psychologique, la société se trouve aussitôt en danger, car ils ont une longue et douloureuse histoire à leur actif. Je crois qu’il faut éviter cette idée ou combinaison de « noir/crépu/laideur ». En Guadeloupe, les personnes victimes de la soufrière étaient appelées dans le chef-lieu par leur propre compatriote « moun magma » (1976). Des comportements aussi «mortifères» que celle des autres formes de discriminations ou racisme. Prenons, un autre point de racisme entre noirs qui a engendré des milliers de morts en Cote d’ivoire. Le concept d’ivoirité, n’est pas le fruit d’un arbre planté par un blanc mais bien par des noirs, un arbre fruiter arrosé par la cupidité et par le désir immodéré du pouvoir. Le peuple ivoirien s’est perdu dans une élaboration de catégorie avec degré d’effective identité ivoirienne alors qu’à la fin, ils étaient tous ivoiriens et se considéraient en tant que tels. Je crois avec force qu’il ne faut pas reproduire les schémas, ni les mêmes frustrations que l’on a pu subir. En tant que Noirs, nous devons faire un travail sur notre société, sur nous- même et sur nos imaginaires. Je crois que ce n’est pas un groupe avec une couleur de peau qui est raciste, mais ce sont les Hommes dans leur singularité et leur particularité. J’invite les peuples du monde à changer de comportement « anvan vé-a fin manjé chou-a ».
18 Novembre 2013 - écrit par Lénaïck ADAM à Sao Paulo


              





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