Saint-Laurent du Maroni

Guyane : le barrage favorise l'intoxication au mercure

L'un des plus gros barrages de France a été construit en Guyane, en 1994, pour alimenter la base aérospatiale de Kourou. La forêt tropicale immergée dans le bassin de rétention s'est dégradée, privant l'eau de son oxygène sur 25 mètres de profondeur. Les chercheurs du CNRS ont découvert que ce milieu favorisait l'intoxication au mercure du milieu naturel, de la chaîne alimentaire et au final, de l'Homme.


Barrage de Petit-Saut
Barrage de Petit-Saut
Le programme " Mercure en Guyane " du CNRS, lancé en 1998 dans le bassin du Sinnamary a permis de localiser le barrage construit par EDF comme l'un des lieux de formation du méthylmercure, composé auquel le mercure doit sa toxicité. Très mobile dans la chaîne alimentaire, il possède la particularité extrêmement dangereuse de s'accumuler dans les organismes, au long de la chaîne trophique. C'est ce qu'on appelle la " bioaccumulation ". Ainsi, en partant d'un nanogramme par litre d'eau on relève une concentration entre un et dix millions de fois plus grande dans le poisson aïmara. Plus le poisson est vieux, plus sa concentration est grande.

Or le mercure attaque le cerveau et l'atteinte des neurones est irréversible. Selon une enquête menée en 1998, par l'Inserm et l'Institut de veille sanitaire (InVS), sur les Amérindiens Wayamas, du Haut Maroni, qui se nourrissent essentiellement de poisson, 57,4 % des habitants dépassent le seuil de méthylmercure recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L'InVS a noté des signes infra-cliniques d'altérations du développement neurologique ou neuropsychologique sur les enfants. Or " ce qui été observé sur le site du Haut Maroni risque d'être deux fois moins important que sur le site du Petit-Saut ! " prévient Daniel Cossa, directeur du laboratoire de biogéochimie des contaminants métalliques, à l'Ifremer.

Conséquences d'une forêt immergée

Petit-Saut est le site où l'un des plus gros barrages de France a été construit, en 1994, pour alimenter la base aérospatiale de Kourou. La forêt tropicale immergée dans le bassin de rétention s'est dégradée, privant l'eau de son oxygène sur 25 mètres de profondeur. Or, les chercheurs du CNRS ont découvert que ce milieu peu oxygéné est favorable au développement des bactéries responsables de la méthylation du mercure. " Le milieu particulier du barrage transforme le mercure non toxique (inorganique) en méthylmercure très toxique " explique Daniel Cossa. On observe en effet que le taux du métal toxique est trois fois plus important à la sortie du barrage qu'à l'entrée ! Le degré d'intoxication des poissons varie de 1, pour ceux pêchés en amont du barrage, à 7,9 pour ceux pêchés en aval. Si bien que " la probabilité de pêcher un aïmara dont la concentration en méthylmercure est supérieure aux normes OMS est de 91%, sur le site du Petit-Saut " conclut Daniel Cossa. Et les chances vont croissant en descendant le fleuve où 3000 personnes vivent, dans le village de Sinnamary vers l'embouchure .

En 2001, une étude de l'imprégnation par le mercure de la population de Sinnamary, de l'InVS, a relevé que 5% de la population enquêtée dépassaient les seuils sanitaires de l'OMS et confirmait le lien avec la consommation de poissons de fleuve. Six ans après, la situation n'a pu que se dégrader car l'activité aurifère, principale source de mercure dans les cours d'eau, n'a cessé d'augmenter. Selon l'ONF, les surfaces déforestées et travaillées ont quasiment triplé en cinq ans, pour atteindre 11 500 ha en 2005. Les chantiers des orpailleurs polluent de leurs rejets jusqu'à 4 671 km de linéaires. Autrement dit, une grande partie du réseau hydrographique de Guyane.

Depuis une douzaine d'années les études scientifiques se succèdent mais la seule mesure sanitaire importante a été l'interdiction du mercure dans l'extraction de l'or depuis le 1er janvier 2006. Cela n'empêche pas les orpailleurs clandestins, les plus nombreux, de continuer à l'utiliser sur des sites appartenant au futur parc naturel de Guyane. Impatient que l'Etat prenne ses responsabilités, les chercheurs du programme " Mercure en Guyane " ont envoyé un appel aux candidats à la présidentielle ainsi qu'au gouvernement actuel, le 13 janvier 2007, leur intimant de stopper le massacre environnemental et sanitaire. Ils rappellent que la forêt guyanaise compte parmi les dernières forêts primaires de la planète, renfermant 75% de la diversité biologique mondiale.
10 Avril 2007 - écrit par Hélène Huteau


              

Commentaires

1.Posté par lise le 11/04/2007 17:07
LA FORET GUYANAISE UNE DES DERNIERES FORETS ! Qu'attendons nous pour réagir ? Ce n'est plus uniquement un problème guyanais, mais un problème mondiale.Que font les politiques, que nous faut-il de plus pour réagir, nous population de Guyane qui sommes directement toucher ?
NON A L'ORPAILLAGE CLANDESTIN OU NON ! Revendiquons un respect de notre droit à une vie saine pour le "demain de nos enfants" GUYANAI levé pou di yé arété détruit nou coté.

2.Posté par PRINTEMPS le 14/04/2007 18:17
Je suis vraiment horifié et révolté de voir que les politiques ne se sentent pas concernés par ce grave problème écologique et humaines qui sont à l'heure actuelle et avenir un trés grave danger pour ce beau pays dont je suis issus. Révolté aussi de voir que les hommes politiques Guyanais de tous horizons ne font rien pour s'unirs et réagirs pour la sauvegarde de notre beau pays. Comment voulez-vous que les guyanais se sentent concernés par ces graves problèmes qui touchent notre pays? Alors que les politiques guyanais qui ont le pouvoir ne sont que des pantins. Guyanais, Guyanaises réveuillez-vous BORDEL. Il sont vraiment entrain de DéTRUIRE NOTRE PAYS ET SES POPULATIONS.

3.Posté par nazim sellal le 19/04/2007 13:29
je viens de discuter avec un ingénieur d'EDF qui a participé à la construction du barrage. Il vient de m'expliquer que les études d'impact sur l'environnement qui avait été faites avant même la construction avaient déjà prédit la concentration importante de méthylmercure du fait du manque d'oxygénation des eaux.
Dire que le CNRS découvre le problème aujourd'hui n'est donc qu'une vaste farce puisque qu'on le savait avant même que le barrage existe !!!

Guyanais, on vous prend vraiment tous pour des imbéciles ! Nazim Sellal







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