Saint-Laurent du Maroni

Intervention de la députée C TAUBIRA concernant les produits plus sucrés en Outre mer


Madame TAUBIRA : " Monsieur le président, monsieur le ministre, cinq minutes, c’est toujours très vite passé ; je vais tâcher de dire l’essentiel.

Comme le rapporteur et le ministre l’ont souligné, il s’agit bien d’un problème de santé publique. Par conséquent, il doit être pris en considération avec les critères d’exigence les plus élevés.

Je vais donner quelques indications concernant l’état des lieux en Guyane, en me référant à plusieurs études : l’une d’elles a été conduite sur des élèves de CE2 durant l’année 2009-2010 ; une autre, l’étude Carambole, donne des indications sur la consommation de fruits et de légumes ; l’enquête Podium porte sur une population d’enfants de cinq à quatorze ans ; une autre étude a permis d’étudier le comportement des adolescents concernant l’hygiène alimentaire, notamment dans le contexte immédiat de leurs établissements scolaires. Enfin, une étude d’odontologie a été conduite dans certaines zones particulières, notamment les communes et villages du Haut-Maroni et de l’Oyapok, qui sont les deux fleuves frontaliers de la Guyane.

Quelques chiffres permettront de donner une idée de la situation. La prévalence de surcharge pondérale est de 18,4 % en Guyane, soit un différentiel de 0,8 % par rapport à la moyenne nationale. Mais cette donnée est très trompeuse, comme on le voit lorsqu’on distingue le degré I, le surpoids, et le degré II, l’obésité : le surpoids n’est que de 12 %, comparé à une moyenne nationale de 14 %, mais l’obésité touche 6,8 % des Guyanais alors que la moyenne nationale est de 3,9 %. Le différentiel de 0,8 % est donc profondément trompeur, puisque la prévalence de l’obésité chez nous est inquiétante.

Il est important d’étudier les indicateurs et les comportements qui favorisent la surcharge pondérale. La consommation de sucre en fait partie, et le rapporteur a signalé la différence de teneur en sucre des produits consommés outre-mer par rapport à ceux consommés dans l’ Hexagone. Je conviens avec vous, monsieur le ministre, que cela ne couvre pas la totalité du spectre de la consommation. Ceci étant, une proposition de loi, cela s’amende, et si vous aviez le souci d’élargir le spectre de consommation, il était possible d’y ajouter les graisses. L’une des études que j’ai citée fait apparaître que 84 % des enfants et adolescents sont conscients de la nécessité de consommer cinq fruits et légumes par jour, mais les prix sont à un tel niveau que les produits sucrés à faible valeur nutritionnelle, mais à fort niveau énergétique sont meilleur marché.

Nous nous souvenons du mouvement social qui, pendant quelques semaines en 2009, a paralysé les activités économiques et la vie sociale en outre-mer. Il portait des revendications parfaitement légitimes, notamment celle de mettre un terme à un coût de la vie inexplicablement élevé, et à des situations de rente et de monopole, à des abus de position dominante, qui font que sur les produits de première nécessité, les prix pouvaient être de 40 % à 200 % plus chers que dans l’ Hexagone.

Tous les problèmes n’ont pas été résolus. Les négociations qui avaient abouti à des accords entre les distributeurs, les importateurs et les représentants des consommateurs avaient permis d’établir la liste d’une série de produits de première nécessité, qui feraient l’objet d’une baisse significative du prix de détail. On s’est assez rapidement rendu compte que ces produits avaient disparu des rayons. Par conséquent, lorsque le monde économique est en position dominante, il s’organise toujours, en fait, pour avoir une longueur d’avance et réagir, y compris aux luttes sociales.

Vous l’avez dit, il y a les sucres, les graisses, les fruits et légumes – on sait qu’il faut les consommer, mais on n’en a pas toujours les moyens –, l’hygiène alimentaire avec les marchands ambulants aux abords des écoles, des collèges et des lycées, qui incitent aussi à la consommation. Il y a aussi de grandes disparités géographiques en Guyane, je l’ai dit. Selon l’étude précitée, par ailleurs, on constate une situation catastrophique chez les enfants de moins de six ans du point de vue de l’hygiène bucco-dentaire. Il est donc nécessaire d’intervenir très directement dans ce domaine.

Il y a évidemment d’autres indicateurs, comme la sédentarisation, et notamment le temps passé devant la télévision ou les jeux vidéo. Vous disiez, monsieur le ministre, vouloir interroger les recteurs. Vous apprendrez que chez nous 55 % des écoles ne disposent d’aucun équipement sportif et qu’il n’y a pas de cantines dans 31 % des établissements. On sait bien que la cantine est souvent le seul lieu où les enfants peuvent prendre un repas équilibré. Il faut donc considérer tous ces aspects. Il y a urgence à intervenir. Vous avez raison, il ne faut pas seulement considérer les produits qui viennent de l’ Hexagone. Le long du Maroni et de l’Oyapock, on trouve ainsi des « chéri bibi » : ce sont de jolies friandises extrêmement sucrées, qui ne subissent aucun contrôle, y compris douanier, et qui contiennent surtout des colorants, des conservateurs et du sucre.

Il n’y a pas lieu de considérer que nous avons du temps. La Conférence régionale de santé et d’autonomie peut être l’espace où l’avancée de l’exécutif en matière d’actions concrètes peut être mesurée, et les résultats devront être au rendez-vous : ceux que vous avez indiqués, après dix ans d’intervention, ne sont pas particulièrement rassurants.
7 Octobre 2011 - écrit par M.F.


              






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