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Léon BERTRAND : " J'ai confiance en la justice "Après un délai de quatre jours pour préparer leur défense, le président et le directeur général de la Communauté de communes de l'ouest guyanais ont été maintenus au centre pénitentiaire de Ducos par le juge des libertés et de la détention.
Léon Bertrand est arrivé hier au bureau du JLD, entouré de ses avocats Mes Charles-Henri Michaux et Alexandre Varaut. (RL)
Bertrand et To-Sah en détention provisoire
Le visage fatigué, la tête basse, le regard fuyant. Escorté par deux de ses avocats, Léon Bertrand se présente à l'entrée de la salle d'audience du juge des libertés et de la détention (JLD) un peu avant 12h30. Accueilli par quelques timides « Léon, Léon! » de proches venus de Guyane et d'amis de Martinique. Il s'arrête un bref instant, fait un petit signe de la main et pénètre dans la salle, pleine à craquer. Il s'avance à la barre. Éric Mangin, le JLD, lui rappelle les chefs de mise en accusation : « Favoritisme et corruption passive » entre 2003 et le 31 juillet 2009, dans le cadre de l'attribution de marchés publics de la CCOG (Communauté de communes de l'ouest guyanais), la Senog (Société d'économie mixte du nord-ouest guyanais) et la mairie de Saint-Laurent du Maroni. Pour justifier la demande de détention provisoire, le procureur adjoint, Xavier Hubert, énonce trois critères : « Éviter toute forme de pression, de concertation et faire cesser l'infraction en réalité toujours en cours » . Il estime qu'une incarcération provisoire permettra à l'enquête de se poursuivre dans la sérénité. 200 000 euros de voyages en 2008 Sans vouloir entrer dans « trop de détails » , il revient sur les charges qui pèsent sur Léon Bertrand et Augustin To-Sah-Be-Nza - qui sera entendu dans la foulée - respectivement président et directeur général de la CCOG. « Un certain nombre de marchés de la CCOG sont émis frauduleusement mais aussi par favoritisme, avant même que la commission d'appel d'offres ne statue. » Évoquant « un simulacre d'appel d'offres » , l'accusation estime que des sociétés devenues monopolistiques auraient reversé de grosses sommes d'argent destinées à financer les campagnes électorales de Léon Bertrand. L'agence de voyages appartenant à Richard Cheung-A-Long, ex-directeur de cabinet de Léon Bertrand et aussi son cousin germain, aurait ainsi obtenu le monopole des voyages de la CCOG « et peut-être aussi de la Senog » , indique le procureur. Au total : « 450 000 euros de prestations de la CCOG sur la période incriminée et au moins 200 000 euros en 2008 » . « L'argent suinte à tous les étages » Pour le parquet, c'est Augustin To-Sah-Be-Nza, entendu en mars 2009 et malgré ses rétractations par la suite, qui aurait permis d'établir le cheminement de ce circuit financier présumé occulte. « L'argent suinte à tous les étages. Il y a des détournements à tous les niveaux. Mais la difficulté dans ce type de dossier financier complexe, c'est que les opérations faites en liquidités ne laissent pas de traces. Le seul moyen de corroborer ça, c'est de regarder le train de vie des suspects » , indique-t-il. Et de souligner qu'il « reste encore de nombreuses personnes à entendre, investigations et perquisitions à mener » . Les trois avocats de la défense tentent de mettre à mal la thèse d'un Léon Bertrand « parrain d'un système de financements occultes » : « Il est absent des procédures de passation de marché public. Il ne préside pas et ne participe pas aux réunions de commission d'appel d'offres » , présente le bâtonnier guyanais Patrick Lingibé. « Est-ce à dire parce qu'il est absent, qu'il est coupable, qu'il pilote tout ? , s'interroge-t-il. À cette époque, il était ministre à 8 000 kilomètres. Quel intérêt aurait-il eu à monter un tel système ? » Les avocats vont faire appel Me Alexandre Varaut, du barreau de Paris, trouve « absurde » l'hypothèse de détournements visant à financer les campagnes électorales. « Aujourd'hui, depuis la nouvelle loi sur les comptes de campagne, pas un centime n'est pas remboursé par l'État, à moins de faire moins de 5% aux élections. Et Monsieur Bertrand faisait au moins neuf fois ça, dans le pire des cas! » Contrairement au procureur, il considère que l'enquête touche à sa fin, « après une centaine d'actes en tous genres, vingt-deux auditions, une vingtaine de perquisitions, des filatures, des écoutes téléphoniques » . En conséquence, selon lui, la détention ne se justifie plus. C'est aussi l'avis du bâtonnier Charles-Henri Michaux qui y verrait là « un préjugement sur le fond de l'affaire » . Le dernier avocat à plaider pour Léon Bertrand demande un contrôle judiciaire strict. Après l'audition beaucoup plus rapide d'Augustin To-Sah-Be-Nza, le juge des libertés et de la détention annonce sa décision un peu plus d'une heure après. Pour les deux hommes, c'est la détention provisoire. À Léon Bertrand, il indique tout d'abord : « Vous êtes mis en cause de façon concordante par plusieurs personnes comme étant le principal instigateur et le principal bénéficiaire de ce système, même si vous dîtes le découvrir. La détention provisoire me semble l'unique moyen d'empêcher les pressions et l'unique lieu où on pourra contrôler toutes les communications extérieures. » Et de préciser : « Notre but n'est pas de vous humilier mais de contribuer à la manifestation de la vérité par tous les moyens légaux. Même si nous sommes bien conscients que cela peut avoir un caractère humiliant pour un personnage public. » Les avocats de la défense ont annoncé leur intention de faire appel. Jeudi 3 Décembre 2009
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