Saint-Laurent du Maroni

M. Edouard ROYER, témoin privilégié du siècle à St Laurent (1)

Il est un témoin privilégié, du haut de ses 85 ans, de l’histoire de la Guyane.
M. ROYER a vu sa ville natale évoluer tout au long du XXe siècle, et se souvient avec nous du temps du bagne, de la 2e guerre mondiale et de la départementalisation. Il est aussi un acteur important de la vie de notre commune, dans les domaines de l’économie, du sport et de la vie associative.
Il nous a livré avec plaisir quelques-uns de ses souvenirs.


M. Edouard ROYER, témoin privilégié du siècle à St Laurent (1)
M. ROYER, bonsoir. Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis M. ROYER Edouard, né le 9 avril 1920 dans la commune pénitentiaire de Saint Laurent du Maroni. Je suis l’unique fils de M. ROYER Edouard, de souche métropolitaine, et de Mme ROMAIN Marthe, de souche antillaise.
Mon père était le directeur de la rhumerie de Saint Maurice, propriété de l’Administration Pénitentiaire, où j’ai donc grandi. Mes parents y habitaient une belle et grande maison en bois, de six chambres, montée sur des pilotis de briques, avec un grand escalier et une vaste véranda tout autour.

A quoi ressemblait alors le quartier de Saint Maurice ?
Je me souviens avant tout de la bourgade de St Maurice où j’habitais avec mes parents et mes sœurs ; il n’y avait alors que douze ou quinze maisons ; on trouvait d’un côté des terrains maraîchers cultivés par les bagnards concessionnaires, de l’autre des champs de canne à sucre dont la production était destinée à l’usine ; il y avait aussi une bouverie. La canne était charriée par des buffles et par des chalands sur la rivière Balaté.
Cela correspond aujourd’hui à l’actuelle rhumerie et à la scierie, mais un domaine plus vaste qui s’étendait vers l’actuelle piste de Paul Isnard.

La production de rhum était alors importante ?
Oui, et c’était un rhum de haute qualité, un produit vendu dans tous les commerces de toute la Guyane, par fût ou dame Jeanne de 15 litres ; il y avait des entrepots, où on le gardait dans des fûts de bois vieilli naturellement.
Le directeur des Services Pénitentiaires coloniaux et le gouverneur de Guyane repartaient toujours avec leur fût quand ils rentraient en France !


M. Edouard ROYER, témoin privilégié du siècle à St Laurent (1)
Qui vivait sur ce domaine ?
Il faut rappeler que toute la commune, St Maurice y compris appartenait à l’A. P, et donc la population du domaine était celle du bagne : une vingtaine de bagnards qui constituaient la main d’œuvre de l’usine, et deux comptables, une dizaine de surveillants militaires avec leurs familles, le directeur de l’usine avec sa famille et quelques familles créoles, personnels de la rhumerie, comme les mécaniciens.

Vous cotoyiez au quotidien les bagnards. Vous n’aviez pas peur ?
Non ! Ils étaient les employés de l’usine, nous amenaient à l’école en « pousse », et j’ai même appris à lire avec les bagnards comptables de l’usine ; nous n’avions pas de « garçon de famille » à la maison, mais un jardinier qui s’occupait du jardin potager où les légumes poussaient à foison, et du poulailler.
Et puis il faut dire que ces bagnards détachés ne voulaient pas risquer de perdre leur place ! Ils étaient mieux traités à St Maurice qu’au camp : ils avaient leur propre chambre, fermée, ils étaient bien nourris ; puis ils faisaient leur trafic, gagnaient un peu d’argent …
Alors ils ne se risquaient pas à faire n’importe quoi !

Vous viviez presque en autonomie, loin de la ville …
Nous étions reliés à Saint Laurent, mais par le « pousse » ! Il n’y avait pas la route et c’était une voie ferrée qui reliait St Maurice à St Jean. Le « pousse » était un plateau sur quatre essieux, sur les rails, avec 2, 4 ou 6 fauteils en bois, animé par deux « pousseurs » et deux takaristes armés d’un bois très dur de quatre mètres ; tous les matins les enfants de St Maurice allaient à l’école communale de St Laurent en « pousse » ! Le trajet, une distance de deux kilomètres, durait entre 15 et 20 minutes.

M. Edouard ROYER, témoin privilégié du siècle à St Laurent (1)
Quels étaient vos loisirs ?
J’ai eu une enfance que je ne peux pas oublier, très libre.
J’ai grandi dans la canne à sucre. Je peux vous dire que le jeudi, il n’y avait alors pas classe, je passais ma matinée sur des roches autour de l’usine, avec mon tas de cannes ; à midi il y avait un tas d’épluchures !
Nous étions quatre dans la famille, trois soeurs et un garçon, moi.
Il y avait de nombreux lacs à St Maurice et je me promenais souvent autour. On ne s’y baignait pas à cause des bêtes, caïmans ou couleuvres.
Mais je partais avec mon lance-pierre, ou avec la carabine 9 millimètres de mon père, pour aller tirer les bécassines. Je revenais avec parfois 14 bécassines que je donnais à ma mère ; on mangeait alors une fricassée de bécassines avec des petits-pois !
J’ai le souvenir aussi de la grande véranda de la maison, et c’était un plaisir pour nous les enfants d’y courir.
Il y avait aussi la messe et le catéchisme.

Et l’école ?
Il y avait une seule école, l’école communale, en face de la mairie ; l’école des filles et celle des garçons, ce n’était pas encore mixte ! On y restait jusqu’au certificat d’études. Les instituteurs étaient des métropolitains ou des créoles, nommés par l’A. P.
Je me souviens que je suis resté à St Laurent vivre chez une tante à moi, « moun raide », une vieille-fille ! puis nous remontions à St Maurice chez nos parents le samedi et le dimanche.
Après le certificat d’études, il fallait partir à Cayenne pour le collège, chez des parents ; j’ai passé mon brevet élémentaire puis mon père m’a envoyé en France à l’école de préparation d’entrée aux Arts et Métiers, à Angers, chez des cousins métropolitains à mon père : calcul, dessin industriel …
Mais mon père est tombé gravement malade et je suis rentré à l’âge de 16 ans à St Laurent. J’ai terminé mes études grâce aux cours par correspondance. Mon père est mort peu avant la guerre.


M. Edouard ROYER, témoin privilégié du siècle à St Laurent (1)
Et après vos études ?
Mon père étant décédé, et étant le seul fils, j’ai du travailler. Mes sœurs aînées se sont mariées et ont travaillé une dans l’administration pénitentiaire, l’autre comme institutrice.
J’ai commencé à la Banque de Guyane, l’actuel bureau du maire, où je suis resté 7 ans. Entre-temps j’ai été mobilisé pour la guerre, en janvier 1940 ; je suis sorti caporal-chef. Puis je me suis marié en 1944 avec mademoiselle Eugénie VOLMAR et je suis rentré dans le commerce.

Quels souvenirs gardez-vous de la deuxième guerre mondiale ?
J’en conserve beaucoup ! Il y a eu la guerre, puis le régime de Vichy et enfin la Dissidence.
J’ai été mobilisé en 1940, direction Cayenne. Mais on nous a souvent ballottés, car on attendait le départ pour la France sur l’appontement de Cayenne sans jamais partir, à cause des sous-marins ! Mobilisé puis démobilisé, on a été ensuite envoyé à St Jean du Maroni, toujours propriété du bagne ; nous étions là deux, trois compagnies, dans des conditions très dures. Je me souviens des chauves-souris qui nous suçaient le sang des orteils ! Enfin nous avons fini à la caserne Joffre, l’actuel bâtiment de la Gendarmerie.
J’ai une anecdote amusante : nous étions postés le long du fleuve, face à Albina, pour surveiller les mouvements de troupes américaines car le Surinam était à l’époque la Guyane Hollandaise, dans le camp des Alliés ; et bien on voyait souvent la chaloupe militaire faire la traversée, le samedi soir, et les soldats hollandais débarquer à St Laurent. Ils venaient danser le samedi soir avec nos femmes ! C’était absurde !
J’ai aussi découvert le basket-ball grâce aux soldats portoricains basés à Moengo, et cela a été important pour moi, car j’ai appartenu plus tard à la première équipe de basket-ball de St Laurent !
31 Mai 2005 - écrit par C. MISTRAL


              

Commentaires
Du plus récent au plus ancien | Du plus ancien au plus récent

26.Posté par khoualdia le 16/04/2014 11:35
Je suis khoualdia,je cherche informations écrites ou autres sur un parent khoualdia salah déporté ailleurs d'algerie
merci de me contacter

25.Posté par ahmed BACHA pasteur aures le 16/09/2011 14:43
je suis a la rcherche de mon cousin BACHA ali de douar thleth (seriana) PASTEUR BATNA (AURES) de l'est algerien. deporte vers cayenne. Toute information sur mon cousin ou sur ses éventuels descendants du pacifique sera la bienvenue merci.

24.Posté par chevalier le 14/09/2011 13:39
super article.dans ma généalogie, j'ai trouvé un ancetre décédé à st laurent du maroni .il était jardinier.son nom françois roche.l'avez vous connu ou pourriez vous m'indiquer où je pourrais me renseigner.
merci des infos que vous pourriez me transmettre.
jc

23.Posté par Bacha le 26/04/2011 10:51
je suis a la rcherche de mon cousin Bacha amor fils de abdelhafid et daikha de (mekaydou) douar thleth (seriana) PASTEUR BATNA (AURES) de l'est algerien. engage dans les rangs de l'armee francaise . Toute information sur mon cousin ou sur ses éventuels descendants du pacifique sera la bienvenue merci.

22.Posté par Bacha le 26/04/2011 10:47
je suis a la rcherche de mon cousin bacha ali de douar thleth (seriana) PASTEUR BATNA (AURES) de l'est algerien. deporte vers cayenne. Toute information sur mon cousin ou sur ses éventuels descendants du pacifique sera la bienvenue merci.

21.Posté par LE MAOUT Evelyne le 16/08/2010 12:23
Bonjour,
Mon grand-père était surveillant à St Laurent du Maroni,
il s'appelait BOURDET MARCEL, il venait de Tunisie ou il était infirmier dans la marine, sa fille Odette s'est marièe à St Laurent
Je cherche tous renseignements, témoignages, photos de gens, bagnards ou surveillants qui les auraient connus.
Merci d'avance

20.Posté par LAHLACI LARBI le 13/04/2010 17:03
Je suis à la recherche d'informations sur mon grand père larbi ouled belahcene originaire des Angad Tlemcen dans l'ouest Algerien déporté de la prison de Berrouaghia dans le début des années 1920 vers les bagnes de Cayenne..Toute information sur mon grand père ou sur ses éventuels descendants du pacifique sera la bienvenue merci.

19.Posté par KHOUALDIA BRAHIM le 27/02/2010 15:59
je suis à la recherche d'un parent KHOUALDIA SALAH BEN SALAH interdit de séjour en Algérie et déporté vers 1923 à LA GUYANE il est originaire de la région de GUELMA à l'est de l'Algérie
je suis heureux d'avoir une réponse Merci K.B

18.Posté par youssef le 02/02/2010 16:42
greetings
first i opologize for my broken french
ensuite je suis a la recherche de la famille (bekhouche) a cayanne , des decendant de mon grand pere paternal le nomme bekhouche bouziane , deporte vers cayenne vers les annee 1923 ? ORIGINAIRE DE LA REGION DE BATNA ? EAST ALGERIA
MERCI POUR TOUT FORMS D4INFOS
YOUSSEF

17.Posté par REMACHE abbés le 18/10/2009 09:09
nous cherchons des renseignements sur la déportation de notre grand-pére REMACHE ahmed à guyanne.priére de toutes personnes ayant des renseignements ou les archives de nous communiquer cette déportation,il de tafraoui ( oran)

16.Posté par Ait sidhoum le 16/10/2009 04:08
A monsieur ait sidhoum tewfik ,merci de preciser si c'est votre pere qui s'apelle ait sidhoum achour ou votre grand pere ? aussi nous indiquer le pays ou vous etes en france ou en Algerie ? et cela dans le but de retrouver votre famille
Sinceres salutations

15.Posté par vincent thérèse le 01/10/2009 09:30
Monsieur ROYER,
Dans le cadre de recherches généalogiques, j'aimerais retrouver des traces de M. CARPENTIER Jules - Léon. Habitant le Nord de la France, il a été emmené au bagne de St Laurent du Maroni dans les années 1920-1930 ? Il est décédé à l'hopital de Cayenne en 1937. Peut-être l'avez-vous connu ? Mes recherches au centre des Archives d'outre-mer sont demeurées infructueuses. C'est pourquoi je me permets de vous demander si vous connaissez un moyen d'effectuer des recherches en Guyane.
Je serais heureuse d'avoir une réponse. Merci d'avance.

14.Posté par ait sidhoum tawfik le 28/09/2009 17:32
salut a tt le monde moi c ait sidhoum tawfik j 21ans je madrese a vs pour voir et cinnu ma vielle famille et pour conetre mes sensetre moi je conait un seul seulle grand pere qui sappele ait sidhoum achour et je veut un dossier complet de ma famille mon pere sappele ait sidhoum achour .merci a vs tt ca ma fait tre plaissire.

13.Posté par Cordelette le 12/06/2009 06:31
Bonjour, je recherche des informations sur mon ascendant qui est décédé à Saint-Jean-du-Maroni, le 11/11/1889. Merci d'avance.

12.Posté par mokhfi sidi bel abbes le 10/04/2009 18:23
bonjour a tous les habitants de cayenne je cherche la trace d un proche deporte de la region de sidi-bel-abbes algerie entre 1925 et 1930 enguyanne nom et prenom: FIZAZI YOUCEF il doit laissait des descandants probablement a cayenne si quelqu un a connus cet homme ou quelqu un de de ces decandants qu il me renseigne. merci d avance. s.v.p sur mokh22000@hotmail.com
http://google.fr

11.Posté par FREY Nelly le 09/02/2009 06:58
en lisant les souvenirs de Monsieur ROYER sur Saint-Laurent du Maroni, j'ai imaginé mon grand-père..... article qui présente un grand intérêt
Monsieur ROYER
mon grand-père Xavier FREY était à Saint-Laurent du Maroni, où il travaillait après sa peine. Il était journalier. J'ai retrouvé sa trace à Saint-Laurent le 8 septembre 1921 (décision du Tribunal pour insultes). Dans cette décision il est question du village Chinois. Depuis plus rien. Peut-être est-il décédé à Saint-Laurent. Merci de bien vouloir me répondre. Mes salutations distinguées.

10.Posté par VINCENT thérèse le 28/01/2009 07:13
Monsieur ROYER,
Dans le cadre de recherches généalogiques, j'aimerais retrouver des traces de M. CARPENTIER Jules - Léon. Habitant le Nord de la France, il a été emmené au bagne de St Laurent du Maroni dans les années 1920-1930 ? Il est décédé à l'hopital de Cayenne en 1937. Peut-être l'avez-vous connu ? Mes recherches au centre des Archives d'outre-mer sont demeurées infructueuses. C'est pourquoi je me permets de vous demander si vous connaissez un moyen d'effectuer des recherches en Guyane.
Je serais heureuse d'avoir une réponse. Merci d'avance.

9.Posté par miloud le 15/12/2008 15:35
bonjour a tous les habitants de cayenne je cherche la trace d un proche deporte de la region de sidi-bel-abbes algerie entre 1925 et 1930 enguyanne nom et prenom: FIZAZI YOUCEF il doit laissait des descandants probablement a cayenne si quelqu un a connus cet homme ou quelqu un de de ces decandants qu il me renseigne. merci d avance.

8.Posté par marco le 23/09/2006 00:52



Salut cher correspondant
Moi c'est Marco je suis de quarante huit ans et je vis au Canada particulièrement au Québec.
et mon époux dans l'entreprise mes enfants ont respectivement 19 et 25 ans , nous vivons ensemble. Suite a mes profondes
recherches que je suis arrive a vous extraire parmi tant d'adresse .je suis de la nationalité canadienne et je vis actuellement au canada , dans le seul but de vouloir me correspondre et afin de pouvoir s'y venir a une rencontre sérieuse je vous adresse ce message dans le but de correspondre avec vous et d'échanger les relations sincère et durable l'amitié est très précieuse et la garde
des contacts est une confiance au font de soi-même ceux qui est très précieux dans cette vie. j'aimerais vous connaître de mieux. et
aussi les cultures de vos pays car je n'ai jamais venu en Afrique .je voudrais avoir des renseignements sur l'Afrique à savoir les
coutumes , les moeurs, ...aussi
mon mari est actuellement au Bénin pour un recrutement dans tout les domaines d'activité pour leurs entreprise ici au Canada.
veuillez me répondre sur mon émail: marco.odonelle@laposte.net
j'aimerais vous lire très prochainement .
cordialement .
Mercib[

7.Posté par BOUCHOUATA le 15/08/2006 08:07
Bonjour Rachid,
Oui, je m'adresse à Monsieur Ait-Sidhoum Rachid, comme vous le constatez, j'ai envoyé mon message à Monsieur ROYER le 12 Mars 2006 pour lui demander s'il avait connu mon beau père, qui a été déporté en 1923 au bagne de la Guyane avec interdiction de séjour en Algérie à cette époque. Mon beau père, Algérien d'origine, n'est entrer en Algérie qu'en 1964. Etant illettré, il ne s'est pas défendu comme Papillon par exemple, Tous ses enfants, mon épouse y comprise, sont nés à Saint-Laurent du Maroni, en Guyane-Française mais, vraisemblablement, ce que j'ai demandé à Monieur ROYER au sujet de mon beau père, enfin s'il l'avait connu ou pas, ne lui a fait ni chauf ni froid. Alors, comme, j'ai décidé d'aller plus loin dans mon enquête sur la déportation injuste suivi d'une interdiction en Algérie en 1923 de mon père, je m'adresse à vous pour vous demander, si vous connaissez des anciens déportés Algériens en Guyane contactez moi SVP. Car, la télévision Algérienne, selon un site, prépare la réalisation dans le cadre des témoins de la mémoire, une série sur les Algériens déportés en Guyane semblable à celle des Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie. Je compte sur vous pour me contacter SVP. Ne soyez pas un second Monsieur ROYER. Djillali. BOUCHOUATA de Blida ALGERIE

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