Saint-Laurent du Maroni

Suspecté de viols, Christian Dorival reste en prison


© Photo H.G
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Christian Dorival, l'ancien secrétaire général de la sous-préfecture, a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles. Hier, son avocat a plaidé sa remise en liberté. La cour d'appel a maintenu le Martiniquais en détention.

Chemise blanche, lunettes. Christian Dorival est derrière la vitre, dans le box des accusés de la cour d'appel de Cayenne. Son épouse est quelque part, dans la salle. Il n'est pas accusé mais suspecté. Suspecté de viols, d'agressions et de harcèlements sexuels et de corruption passive depuis vendredi 9 mars, jour où il a été mis en examen pour ces motifs et placé en détention provisoire (notre édition du lendemain). La semaine qui suivait, une première demande de libération avait échoué. Hier, donc, Christian Dorival, 53 ans, originaire des Trois-Îlets en Martinique, demandait de nouveau à être libéré. Celui qui était secrétaire général et à ce titre numéro 2 de la sous-préfecture de Saint-Laurent du Maroni jusqu'au 27 février, date à laquelle il a été suspendu de ses fonctions, clame son innocence.

Le président de la chambre de l'instruction rappelle les faits. Le 26 janvier, une Brésilienne dépose plainte. D'après elle, en 2010, il l'a repérée à l'accueil de la sous-préfecture et l'a emmenée dans son bureau. Toujours selon elle, il a verrouillé la porte, l'a embrassée, a essayé de baisser sa culotte, a baissé son pantalon, son caleçon, a pris la main de cette femme et l'a déposée sur sa verge. Elle a quitté les lieux en ouvrant la porte.

DES PLAINTES QUI NE SONT « PAS CRÉDIBLES »

Le juge continue à lire son dossier. Au total, deux femmes ont déposé plainte pour viols, dont une mineure de 17 ans. Les autres victimes se sont plaintes d'agressions sexuelles ou de harcèlements ou de chantages sexuels. Il s'agirait de collègues féminines ou d'étrangères qui désiraient un titre de séjour. Ce qui fait, toutes infractions confondues, dix victimes identifiées.

Christian Dorival explique qu'il a « toujours mis un point d'honneur à séparer ses relations professionnelles et ses relations personnelles » . Il sous-entend qu'il est victime d'une conspiration en parlant de ces « trois années à Saint-Laurent où (il) ne (s'est) pas fait que des amis » et en informant qu'il s'est « fait tout seul » , qu'il n'a pas suivi le parcours classique d'un fonctionnaire préfectoral. Dans une plaidoirie qui a duré pas loin d'une heure et que le juge a tenté d'abréger (en vain), Me José Lobeau a démonté un à un les arguments de l'accusation (en vain aussi). Il s'étonne que l'on puisse croire que les victimes ne s'étaient jamais vues et jamais parlé avant le début de l'affaire. « À Saint-Laurent, des gens qui ne se connaissent pas ? Non! Ailleurs peut-être, mais pas à Saint-Laurent! »

Beaucoup plus étonnant, l'avocat livre sa version des circonstances de la révélation du viol. « Madame G. a été interpellée par les gendarmes suite à la dénonciation du gérant de l'hôtel (où elle demeurait) pour séjour irrégulier. Convoquée pour audition, elle était accompagnée de son concubin qui lui a servi d'interprète. Elle a été interrogée sur sa vie sexuelle! »

VICTIME D'UN « COMPLOT »

Me Lobeau demandera le temps venu l'annulation de cette audition. Et selon lui, toutes les auditions des victimes sont du même ordre. Il explique que les gendarmes vont chercher chez elles les victimes supposées, parfois « sous la contrainte » , font une deuxième audition « pour corriger les effets désastreux de la première » . Les questions qui sont posées, toujours selon le défenseur de Christian Dorival, sont orientées.

Et l'homme de passer ensuite en revue une à une les plaintes dont aucune ne semble crédible. Il conclut en lâchant le mot de « complot » , avertissant que son client « est en danger en prison » , qu'il a « fallu le changer d'endroit » .

L'avocat général Jean-Paul Arnoult a demandé que Christian Dorival demeure en détention en raison « des faits très graves qui lui sont reprochés » . Et d'expliquer : « À l'entendre, il ferait l'objet d'une conspiration. S'il y avait une ou deux plaintes, on pourrait comprendre. Mais nous avons de nombreuses plaignantes qui ne se connaissaient pas forcément. » Le magistrat a invoqué le « trouble à l'ordre public » , que ce qu'on lui reprochait « portait atteinte à la réputation de l'immense majorité de fonctionnaires irréprochables » . Il explique surtout que si le mis en cause est libéré, les victimes « ne manqueraient pas de faire l'objet de pressions » . L'avocat a répliqué peu après : « Comment voulez-vous qu'il fasse pression alors qu'il a été mis en charpie par le retentissement médiatique et qu'il a été suspendu de ses fonctions ? » La chambre de l'instruction a décidé de maintenir Christian Dorival en prison.

- « Une cabale » orchestrée par « des personnes mal intentionnées » selon son épouse

Fabienne Dorival, 44 ans, est la compagne de Christian Dorival depuis 2010. Elle est responsable de l'antenne de la Mission locale à Saint-Laurent. Elle a assisté à l'audience d'hier (lire ci-dessus). Pour elle, cette affaire est montée de toutes pièces. « Depuis sa mise à pied à titre conservatoire (le 27 février), je n'ai jamais eu le moindre doute. » Elle a trouvé son époux « plutôt serein, confiant et en paix » . Auditionnée lundi par les gendarmes, elle l'a répété : « Il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'il s'agit d'un acharnement. C'est une affaire cousue de fil blanc par des personnes mal intentionnées qui ont besoin de détruire Christian. Ce sont plusieurs personnes qui sont à l'origine de cette cabale. Je ne sais pas ce qui peut motiver des gens à part de la simple méchanceté. De la méchanceté gratuite. »
22 Mars 2012 - écrit par Source France-Guyane


              






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