Saint-Laurent du Maroni

Lu sur France-Guyane: La bourse au déficit

Les élus municipaux de Saint-Laurent du Maroni ont délibérément voté mardi soir un budget primitif déficitaire. La séance du conseil a été marquée par de nombreuses interventions visant à gonfler davantage certaines lignes du budget.


Lu sur France-Guyane: La bourse au déficit
Quitte à creuser le déficit, autant y aller franchement. Telle pourrait être la phrase qui résume le mieux l'état d'esprit des élus saint-laurentains lors du vote du budget primitif, mardi soir. "On ne va pas jouer les hypocrites ni faire la grimace, a lancé le maire Léon Bertrand en préambule. Soit on fait comme d'habitude, un petit budget ric-rac, et on n'arrive pas à boucher les trous. Soit on propose un budget réalité." Les élus ont choisi la deuxième option. Dans une allégresse à peine dissimulée.
19 050 786 et 10 544 147 euros. Il s'agit des montants exacts du déficit respectif des sections de fonctionnement et d'investissement à l'issue des débats. Des débats qui ont vite tourné à une sorte de bourse au déficit, sous l'impulsion de plusieurs adjoints et conseillers. En effet, après la présentation du "budget vérité" par la directrice des affaires financières, Catherine Pons, des élus ont estimé que certaines lignes du budget méritaient d'être gonflées davantage. 100 000 euros par-ci, 200 000 par-là, les conseillers se sont improvisés en courtiers.
Bernard Sellier remarque que 200 000 euros pour l'acquisition de matériel destiné à l'entretien de la voirie, "c'est un peu juste". Léon Bertrand réplique : "Il faut doubler. Comme on fonctionne au pifomètre depuis tout à l'heure..." 140 000 euros pour l'entretien des bâtiments communaux ? "L'année dernière, juste pour effectuer quelques petits travaux dans les écoles pendant les vacances, ça nous a coûté 150 000 euros, souligne Sophie Charles, premier adjoint. Il y a un vrai problème là. On va chiffrer au hasard, mais bon..." Et la réunion se poursuit sur le même rythme, tandis que Catherine Pons s'efforce de rectifier ses calculs au fur et à mesure des modifications annoncées par le maire. Celui-ci prend toutefois soin de préciser : "On sait bien que certaines sommes sont insuffisantes, mais celles que l'on propose vont déjà nous permettre de faire plus que d'habitude." En admettant que le budget déficitaire voté par le conseil soit entériné par l'Etat. Et c'est bien là que réside toute la difficulté.

"Nous avons sciemment voté ce budget, persiste Léon Bertrand. Il va être déféré par le préfet à la Chambre régionale des comptes (CRC), et nous serons très attentifs à ce qu'il va se passer dans les semaines qui viennent." Une indispensable vigilance. Car les trois étapes suivantes sont, en théorie, les suivantes. Une étude de la CRC qui va ensuite soumettre des conseils à la municipalité afin d'équilibrer le budget. Les élus vont alors décider de suivre ces conseils, ou persister dans leur choix. Dans ce cas, la ville peut très certainement être placée sous la tutelle du préfet. Là encore, Léon Bertrand insiste : "Si le préfet doit gérer la commune, il le fera. S'il doit foutre 200 personnes à la porte ou fermer des écoles, et bien il le fera. Mais nous devons réagir."
L'édile a pris soin de rappeler qu'à population égale, les autres villes françaises fonctionnent avec un budget qui s'élève, en moyenne, à 42 millions d'euros. Des villes qui, néanmoins, sont loin de souffrir des mêmes handicaps. Comme, pour exemple, un nombre de foyers fiscaux ridiculement bas (moins de 2000). "Un deuxième audit va être lancé, indique le maire. Le cahier des charges nous a été présenté ce matin (mardi). Cet audit va nous permettre d'entrer dans les détails. Mais il n'est plus temps de présenter des petits budgets."
Il est à noter que si la démarche, périlleuse, peut aussi bien s'avérer payante que néfaste pour la commune, elle ne pourra être que gagnante d'un point de vue politique. En effet, en cas de validation du budget, la majorité en place pourra se targuer d'avoir réussi un coup de maître. En cas de mise sous tutelle, comme l'a souligné Léon Bertrand en début de séance, les réductions de budget et autres licenciements émaneront du préfet.
Toutefois, les élus ont tous approuvé ce changement de stratégie. "Cette opération de remise à niveau arrive au bon moment, a ainsi affirmé Bernard Sellier. Il faut absolument trouver des marges d'autofinancement compte-tenu des difficultés que l'on rencontre désormais pour obtenir des fonds européens."
Nul doute que samedi matin, Léon Bertrand ne manquera pas (article paru jeudi 2er avril) de glisser un exemplaire de son budget dans la sacoche d'Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'outre-mer.
7 Avril 2009 - écrit par Source France-Guyane T.F


              



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