Saint-Laurent d
Saint-Laurent du Maroni, Capitale de l'ouest de la Guyane Française

Soyez optimistes et rassurez-vous la Guyane vit : la chronique continue !


Un artiste qui chanterait mon texte d’il y a un an n’aurait point suscité de la discordance : tout le monde l’aurait dansé sans aucune forme de procès. La critique est nécessaire quand elle est constructive. La Guyane est un territoire dont l’histoire est encore jeune, elle invite par conséquent, d’être en mesure de proposer des initiatives, oser-anticiper-rechercher un autre modèle, ça aussi c’est la Guyane ! C’est avec joie et honneur que je viens ainsi dresser la liste de pistes qui me permettent de garder bon espoir. Peut-on vivre heureux et libre dans une Guyane sans la constitution effective d’un capital culturel et humain ? « Société doubout », département des naissances prometteuses, la machine de la pensée a été déclenchée. Chaque année, ce sont des centaines d’étudiants qui quittent la Guyane en gardant les yeux rivés sur le rétroviseur en attendant d’y retourner. Un retour riche : une vision nouvelle mêlée à celle du territoire et un bagage bien lourd. Ce bout d’Amazonie est pétri de talents et de richesses. Le temps des cabris et des aïmaras est révolu. L’intérêt est d’être à la frontière des deux extrêmes. Je pense à l’émergence d’une élite ou de personnes spécialisées dans différents domaines développant ainsi une autonomie de la pensée et un libre-arbitre. Je veux croire que l’indifférence, l’ignorance mais surtout l’insouciance ne seront pas consommées quand il s’agit des problématiques guyanaises. Tout me conduit à penser que la Guyane est une terre d’avenir.
Soyez optimistes et rassurez-vous ! A o go namo ! (Ça ira !)

La Guyane a rendez-vous avec son histoire et son avenir, les Guyanais doivent se mobiliser et faire un choix : celui du changement. Cependant, attention pas un « changement dans la continuité », mais une rupture dans la rupture. Le changement de statut institutionnel n’est pas l’antidote par excellence aux problématiques et particularismes locaux. Le bilan de la départementalisation de 1946 en est la preuve. La véritable question est celle de la sacralisation avec ferveur de l’éducation et de l’instruction par la formation. Sans oublier, l’abandon du copinage. 73 ou 74, il y a un oubli me semble t-il. Les hommes qui vont être appelés à gérer les institutions doivent avoir le sens de la rupture et les traits d’un bon gestionnaire. En effet, la force humaine chargée de faire fonctionner la bureaucratie réclame des méthodes avant toute transition. Nos réclamations, nos doléances, nos exigences, nos rêves, nos dus sont étouffés parce que nos dossiers sont mal présentés et incomplets.

Je veux dire à ma Guyane que l’école est comme un trampoline, on découvre cet outil, on le touche puis on commence à faire des bonds timides et maladroits, on tombe et on recommence. Toutefois lorsque l’on sait s’en servir, on peut aller très haut. C’est la première chose que j’ai apprise lorsque j’ai fait mon entrée dans le supérieur. Soyez fiers d’avoir dormi un peu plus tard, l’avenir vous donnera raison. Souvent, certains tenteront de vous initier à l’oisiveté, mais j’ai compris ce que l’on m’a enseigné, « nous avons toute la vie pour travailler et après la mort tout le temps pour se reposer ». Dois-je rappeler qu’un canard en apparence avance tranquillement sur le lac, mais qu’il effectue un effort considérable avec ses pattes sous l’eau ? Lumumba l’a dit et d’autres l’ont paraphrasé : « Sans la lutte, vous n’obtiendrez rien. Ni aujourd’hui, ni jamais ». Attention, je ne dis pas la lutte armée, mais celle de l’esprit. L’« horizon d’attente» est certes indéterminé, néanmoins, l’instruction, l’obtention de diplômes, la diplomation sont indispensables pour s’en rapprocher réellement. Un horizon où se rencontreraient nos compétences et nos stratégies pour développer notre pays. Quels cadres, quels fonctionnaires, quels administrateurs peuvent mieux penser la Guyane que nous, jeunesse de Guyane, mais adulte de demain, et de surcroit formée parce que nous n’avons pas eu peur des obstacles à la démocratisation scolaire ? Cela ne veut certainement pas dire que nous ne devons pas composer avec ceux qui viennent d’ailleurs apporter leurs expertises afin d’éviter que nous ne tournions en rond.

Le fléau taxi-coke évoqué dans « ça c’est la Guyane ... », une fois le voyage terminé, la situation initiale revient au galop. Je rêve d’« un avenir certain et non d’un certain avenir » pour mes frères guyanais. Beaucoup veulent aller trop vite, telle une fusée, en choisissant sans le savoir des projets éphémères. Donner du temps au temps, donner du sens à la vie, on peut réussir ultérieurement. Le temps de la préparation ne devrait pas s’apparenter à un retard dans de telles circonstances. Un ancien professeur me disait qu’il valait mieux arriver en retard dans ce monde, que de partir trop tôt dans l’autre. Il faut cultiver la patience et poursuivre le travail en attendant la réussite car elle arrivera avec certitude. Réussir à tout prix pour devenir un membre actif de notre pays. Nous profitons tous du système mais combien y contribue ? Ayez l’orgueil de celui qui sait qu’à son échelle il participe en votant ou en ayant une activité professionnelle légale rémunérée ou encore en tant que bénévole. Celui qui a peur de l’échec et des critiques s’éloigne sévèrement du succès et de la réussite. Je préfère échouer 5 fois que d’abandonner une seule fois. La logique arithmétique est facilement appréciable : le calcul, arrêter les études supérieures pendant 5 ans, échec compris, c’est rater l’occasion d’avoir une licence en poche même en reprenant les deux premières années une fois. Le résultat, c’est qu’à l’appel, quand on sollicite les personnes ayant eu une licence, ni personne ni aucun diplôme ne précisent le temps de l’obtention ou le nombre d’échecs.

Mes chers mati (amis), je peux vous dire que les succès petits ou grands soient-ils ont presque le même goût, celui de la satisfaction, celui du progrès et bien plus. Mamie Raymonde m’a demandé pourquoi aujourd’hui le ridicule et l’extravagance s’habillent et défilent en ville ? Je lui ai dit que l’explication pourrait se trouver dans le défaut d’amour, d’intérêt pour les questions scolaires ou l’instruction : Un bad boy avec un bagage intellectuel est davantage bad, une sekichi (sexy) girl avec un bagage est davantage sekichi. Chaque étude comporte indéniablement ses difficultés. Ce n’est pas parce que je suis au lycée que je dois accabler l’élève qui ne comprend pas le théorème de Pythagore ou encore les fractions dont beaucoup oublient les règles dans le supérieur. En effet, quand vous étiez en 5ème les fractions étaient difficiles au départ et en 3ème ça allait mieux. Pourtant, aujourd’hui nous avons tous tendance à oublier certaines règles qu’un élève de 5ème maîtrise et qu’un étudiant en psychologie ou en lettres aurait tendance à trouver un peu lointain. Somme toute, chaque niveau ses objectifs, ses challenges et ses difficultés dans l’exercice d’assimilation. Chaque étage, ses réalités et ses calculs architecturaux pour contrer les forces naturelles. Nous savons tous qu’un chat miaule, mais qui sait que le hibou hulule ou encore que l’éléphant barrit pourtant beaucoup d’enfants dans les petites classes le savent. Sans oublier que l’on se sent plus connaisseur que le plus jeune alors que c’est à relativiser. Tout s’entretient par les révisions donc la répétition. Avoir un parent investi, intéressé par vos études constitue un excellent rempart. Néanmoins, il ne faut pas se méprendre, l’enfant doit se construire en travaillant sur ses choix de vie pour les réaliser et les concrétiser dans de bonnes conditions. On peut apprendre de la situation (bonne ou moins bonne) des parents pour s’exhorter à emprunter de meilleures voies.

Mais au fait, qui suis-je pour m’adresser aux jeunes et à ma région de la sorte ?
Je vous rassure, je ne m’érige pas en doko (connaisseur), en politique, encore moins en donneur de leçon. Je suis un simple étudiant qui a connu l’échec et qui à son niveau de modestie essaie d’avertir et de prévenir ceux qui viendront après lui. D’ailleurs, le compteur des échecs n’aura pas de repos avec moi car j’ai encore des idées et la vie ne s’arrête pas à un échec. Effectivement, je crois qu’il faut valoriser l’échec, il est presque nécessaire d’échouer pour avancer avec assurance, poursuivre avec dynamisme et conviction, continuer tout simplement. Échouer est le signe d’une effective et indiscutable tentative ou volonté de faire quelque chose. Alors, il serait dommage d’abandonner pour vivre dans la résignation et les remords. Aussi, ayez le souci permanent d’opter pour le bon choix, une expérience pénible mais bénéfique : choisir ses fréquentations, choisir des « modèles » en accord avec ses principes et en même temps s’inspirer des valeurs humaines transmises par les Anciens. Enfin, Confucius disait « L’homme sage apprend de ses erreurs. L’homme plus sage apprend des erreurs des autres ». Je pense que cette philosophie là doit nous inspirer à chaque instant.

Je considère que la nonchalance, le manque de vivacité dus à l'indifférence ne doivent pas faire partie des traits guyanais, même si dans l'absolu nous avons tous en nous un manque de zèle parfois. Pour le développement réel de notre région, nous avons besoin de personnes dynamiques, dévouées et responsables. Il est vrai que le rythme de la mondialisation est intense. Je ne le souhaite pas à tous les coins du pays car nous avons besoin de havres de paix, mais il doit absolument exister des centres névralgiques pour dynamiser ce département. La frénésie n'est pas toujours signe de désordre mais parfois la manifestation du changement et du progrès. La vie est agréable en Guyane mais l'immobilisme n'est pas le contrepoison pour la maintenir. Un bon fonctionnement des administrations, de l'économie, du vivre ensemble ne retire rien à la quiétude de notre bout d'Amazonie. « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » disait le Président Chirac. Je conseille donc aux jeunes de Guyane de se promettre et se fixer des objectifs ambitieux, dans ce cas de figure ils sont à la fois émetteurs de promesses et destinataires ainsi leurs engagements sont bel et bien actés.

Le message que j’espère avoir fait passer à la jeunesse est que "la flatterie ne doit pas être dans votre registre car elle vise nécessairement court puisqu'elle est souvent accompagnée d'hypocrisie". Votre force de travail est votre seule arme et la solution d’évitement de l’irrespect de vos interlocuteurs et du dédain de vos détracteurs car la formation c’est la légitimité dans les sociétés du monde. Sa ti boug-a/ti fi-a fé gran létid i ! (Ce jeune homme/ cette jeune fille a fait de grandes études oui ! Je ne sais pas pour vous, mais quand j’entends cette remarque des moins jeunes : Ai switi ! (Ça fait plaisir !). C’est une reconnaissance et donc une force dans la poursuite du combat quotidien sous le soleil ou dans le froid. Il faut parfois toute une vie pour apprendre à marcher, néanmoins, l'essentiel c'est d'y arriver. Sans oublier, que nous devons absolument mettre de côté le dénigrement de l’autre et valoriser tous les éléments fédérateurs.
La Guyane a une population jeune, nous (jeunes) n’avons pas une grande expérience de la vie, mais nous avons une volonté, une soif de réussir qui nous conduiraient vers l’autonomie. Investissez dans l’éducation et vous deviendrez des penseurs à votre niveau. La participation volontaire est le chemin que nous devons apprendre à suivre. L'indifférence, comme le disait le regretté Stéphane Hessel, est la pire des attitudes dans un monde où chacun doit participer activement dans son domaine afin de contribuer de manière effective à la construction de nos sociétés numériques. En effet, un profane dans un domaine donné qui s'érige en spécialiste nuit à toutes formes de progrès.

La question de départ ne peut-être résolue qu’en rejoignant, recherchant, retrouvant les études : j’ose croire que la société dans sa grande diversité vous y aidera. En effet, nos compétences pourront nous offrir une vie tendant vers l’épanouissement personnel et collectif : synonyme de « bonheur », de voyage, et d’aventure. Tout cela dans l’intérêt général guyanais et non dans l’auto-satisfaction ni dans l’auto-glorification.


Lénaïck A.
2 Octobre 2015 - écrit par Lénaïck A.


              





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